La voie du réel

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Une non-voie, car c’est toujours ici et maintenant qu’elle a lieu. On laisse le réel être ce qu’il est, instant après instant, et on reconnaît chaque fois que l’on négocie avec, ou que l’on s’accroche à une croyance. La voie du réel ne nous demande pas d’adopter un nouveau système de croyance, au contraire elle nous pousse à être créatif dans notre quotidien, et à ne nous conformer à aucun modèle. C’est avant tout une exploration de la vie dans son intégralité, sans règles préétablies, où l’on ose agir avec fraîcheur car on ne se replie pas dans des schémas répétitifs et confortables. Cette voie ne s’attache pas à ce que l’on fait, pense ou ressent. Elle nous demande plutôt de voir comment on agit, comment on se comporte avec nos opinions, nos émotions, et les êtres vivants. Est-ce qu’on est conscient de ce qui se passe ? Est-ce qu’on est là ? Est-ce qu’on est vrai ?
La voie du réel est avant tout une voie de connaissance de soi, pas dans le sens psychologique du terme, mais dans le sens le plus essentiel et le plus profond qui soit. Elle nous aide à renouer le contact avec notre dimension absolue, tout en l’intégrant à notre aspect le plus humain, jusqu’à ce que plus aucune opposition ne subsiste entre notre forme et notre nature illimitée. Elle nous ramène à la racine de nous-même, et nous permet ainsi de devenir un être humain complet et vrai.
 
 

Les bases de l’enseignement

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1. L’honnêteté
On pratique l’authenticité dans chaque situation, même si cela est confrontant, même si on risque de perdre la face. Régulièrement on se demande si on est honnête avec soi-même et les autres, ou si l’on préfère jouer un rôle, prétendre être un autre que ce que l’on est. On ose voir et reconnaître ce qui se passe véritablement en nous. L’honnêteté est la pratique la plus difficile, même si elle est très simple, car on ne peut pas se planquer, ni détourner les enseignements pour son propre intérêt. Mais c’est l’orientation primordiale d’une vie spirituelle et d’une vie ordinaire accomplie, sachant que ces deux vies n’en forment qu’une, car il n’y a qu’une seule réalité. L’honnêteté nous protège des dérives égotiques qui utilise l’enseignement pour cautionner des comportements très personnels.
 
2. L’unité au quotidien
Pas de différence entre la vie spirituelle et la vie ordinaire. On met la même qualité d’attention et de présence dans chaque geste, ou chaque parole. On expérimente la non-séparation dans la nature, dans la ville, avec ses proches, avec ses voisins, dans sa cuisine, au bureau, ou sur son coussin de méditation. On ne néglige pas la vie ordinaire, la relation avec ses enfants, ses parents, son ou sa partenaire, ses amis ou ses collègues car c’est dans cet ordinaire souvent confrontant, car il met à mal nos aspirations les plus profondes, que notre pratique va pouvoir s’approfondir et se stabiliser. Il est nécessaire de pouvoir transposer nos réalisations spirituelles les plus profondes dans tous les domaines de notre vie. La spiritualité ne consiste pas en expérience énergétique intense et extatique, qui ont tendance à nous rendre addictif et nous éloigner de la réalité. Ces états particuliers, que l’on cherche souvent à reproduire, agissent comme une drogue, et ont un fort potentiel de détourner notre quête de l’essentiel pour la mettre au service de l’ego et de son désir insatiable d’expériences spéciales.
 
3. Présence
On développe une position interne où l’on est, le plus régulièrement possible, en contact avec la sensation globale du corps, la sensation d’être là. On habite pleinement le corps, de la plante des pieds au somment du crâne, en passant par le bassin et le cœur. On laisse notre attention, trop souvent préhensive et focalisé, s’ouvrir et se détendre dans notre présence. On descend à la racine de notre être, afin de ne pas rester bloqué dans des schémas mentaux. Une présence simple, habitée et non séparée remplace petit à petit notre volonté égotique et devient le support de toutes nos activités, des plus communes au plus subtiles.
 
4. Je ne sais pas
On développe dans tous les domaines l’esprit du débutant, de celui qui ne sait pas et qui est toujours prêt à recevoir une leçon. C’est une qualité intérieure d’innocence et de fraîcheur où l’on est intéressé par toutes les facettes de l’humain et de la vie, sans aucun à priori. Une attitude où l’on écoute avant tout. On est ouvert et disponible pour tout ce qui se présente intérieurement ou extérieurement, car on n’a pas d’image à défendre. Le débutant ne néglige aucun détail, car il sait que c’est dans les choses les plus simples et les plus banales que se trouvent parfois les leçons les plus profondes. Garder son esprit dans l’ouverture et la légèreté du « Je ne sais pas » nous permet de ne pas nous prendre au sérieux, tout en étant sincèrement intéressé et impliqué dans tout ce que l’on fait, pense ou ressent.
 
5. Implication
Si l’on sent une résonnance pour la voie et les enseignements, on s’engage à les mettre en pratique dans chaque geste, chaque parole, chaque pensée, du mieux que l’on peut, sans en faire une performance et sans se blâmer quand ce n’est pas possible. On reconnaît notre résistance et on ose lui faire face. On ne cherche pas à s’en débarrasser, mais à la connaître jusqu’en son cœur le plus intime. On s’engage à ne laisser aucun domaine obscur ou difficile nous retenir de descendre plus profondément en nous-même. On se sent prêt à ne laisser aucun subterfuge égotique nous détourner de la vérité. Une fois que nous avons confiance en la voie et ses enseignements, on se donne entièrement et on est conséquent. Il y a un temps pour le doute et le tourisme spirituel, et un temps où l’on s’engage avec la totalité de ce que l’on est. Bien sûr, cet engagement ne se fabrique pas artificiellement ; il se cultive en ne se laissant pas prendre par le besoin de distraction et de nouveauté de l’ego qui peut nous faire papillonner d’un enseignement à un autre sans jamais nous laisser plonger dans le cœur de l’enseignement. Cela nous évite d’aller à la racine de nous-même, là où se cache nos peurs et nos résistances les plus profondes mais aussi le trésor inestimable de notre essence.
 
6. Expérimenter
Il est essentiel de ne pas prendre l’enseignement pour un nouveau système de croyance ou de le limiter à une compréhension purement conceptuelle auquel on doit se conformer car ce serait le détourner de sa vérité, et passer irrémédiablement à côté de ce qu’il propose. Il est nécessaire d’expérimenter pas soi-même ce qui est énoncé, et de ne jamais abdiquer sa propre autorité, même si il important de se donner complètement pour qu’une véritable transformation ait lieu. L’intuition, qui est un ingrédient indispensable sur une voie de retour vers soi, peut très vite être déformé et obscurcie par une idéologie, même la moins dogmatique qui soit, aussi c’est essentiel de la préserver de ce genre de dérive. Personne, aucun enseignement ne peut vous donner la réalité, car c’est ce que vous êtes.
 

Les pratiques

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Les pratiques sont des moyens concrets de mettre en application l’enseignement.
 
1. Méditation
C’est la pratique la plus simple et la plus radicale, où l’on développe une qualité de présence qui permet de descendre en soi, à la racine de l’être. On apprend à se laisser être tel que l’on est, à ne pas intervenir, et à rester silencieux intérieurement, quoi qu’il se produise. On est à l’écoute du moment, détendu, sans entrer dans un état hypnotique. Durant les séminaires, les méditations sont parfois guidées pour nous aider à plonger dans la profondeur et le silence de notre vraie nature. Aucune technique n’est proposée, puisqu’il s’agit d’arrêter de faire, et de ne plus chercher autre chose que ce qui est déjà là – Le réel qui attend notre reconnaissance.
1.1 Contemplation
C’est une méditation absolument informelle, où l’on est dans un état de total réceptivité. Le regard s’ouvre et on laisse le monde entrer en soi. On écoute avec tous les sens ouverts, le silence vibrant et la beauté inhérente du réel.
 
2. Exploration de la sensation
Basée sur les yogas du Shivaïsme du Cachemire et le Qi Gong, les exercices corporels sont d’une technicité simple et abordable, car leur visée est avant tout de retrouver contact avec la vérité du corps. Ce dernier n’est souvent qu’une accumulation de résistances, de réactions et de peurs qui se manifestent par un état chronique de contraction des tissus corporels . Cette contraction bloque la circulation de l’énergie et rend le corps lourd et rigide. Il perd sa qualité vibratoire et sa capacité à rayonner dans l’espace. Ce corps conditionné n’est pas en mesure de réaliser sa non-séparation avec le réel. Les explorations proposées permettent d’observer sur le vif notre tendance à entrer dans des mouvements répétitifs et contrôlés, ainsi que notre tendance à pousser ou restreindre nos gestes. Elles nous aident à retrouver un corps fluide et vibrant, qui s’accorde sans effort avec l’instant. Pendant les séminaires, les exercices sont parfois pratiqués à deux, car cela nous oblige à ressentir de manière encore plus précise et plus globale.
 
3. Exploration de la respiration
Développer la sensibilité au souffle, au niveau physiologique et au niveau énergétique, en veillant à ne jamais entrer dans une forme de contrôle ou de performance, nous permet de progressivement vider les résistances qui perturbent son harmonie et son ampleur. Le travail sur le souffle a des effets profonds, il dissout le mental, calme l’agitation émotionnelle et facilite le retour à l’être. Des explorations simples, que l’on peut transposer dans différentes situations de la vie quotidienne, sont régulièrement proposées durant les séminaires.
 
4. Marche
Différents types de marche, essentiellement issues du Qi Gong (Dao Yin) et de la Gymnastique Sensorielle, sont abordées pour développer la perception et la sensation de la verticalité, de l’enracinement, de l’équilibre et des axes linéaires. Les différentes étapes de la marche sont explorées en conscience, car ce mouvement de base met en lumière notre manière de bouger trop souvent précipitée et automatique.
4.1. Marche méditative
On apprend à caller la respiration sur les pas jusqu’à ce qu’ils ne forment plus qu’un seul mouvement et que notre mental puisse se reposer en silence dans cette méditation dynamique.
 
5. Investigation
On observe tout ce qui nous contrarie, à la fois au niveau de la sensation et de la pensée, pour prendre conscience des schémas émotionnels et mentaux qui nous enferment. Dès que nous sommes perturbés, même de manière légère, on se questionne : « Qu’est-ce qui est vrai ? Est-ce que je suis certain de ce que je sais ou crois au sujet de cette situation ? Est-ce que le réel n’est pas en train de me montrer la vérité ? Est-ce que le fait de m’accrocher à ce que je crois ne génère pas de la souffrance ? » Ce n’est pas un exercice intellectuel, on interroge nos habitudes émotionnelles et nos croyances mais on ne laisse pas le mental répondre, les réponses viennent du plus profond de notre être. C’est une pratique qui nous demande d’être honnête et courageux. On se sent prêt à interroger toutes nos certitudes, même la plus fondamentale, celle d’être une entité individuelle. Cette pratique nous fait vivre dans un état de découverte constante, car on ne considère jamais rien comme acquis ou définitif.
 
6. La pratique de l’arrêt
Tout au long de la journée, se trouvent des espaces interstitiels, vides de pensées et d’activités, auxquels on ne prête pas attention, car ils sont trop furtifs. Il s’agit de saisir l’invitation sur le vif, sans l’ajourner, et de plonger dans ces intervalles de pur silence ; de se laisse tomber à l’intérieur de soi-même, sans retenue. Cela requiert une grande acuité et une absence totale d’hésitation. C’est comme se jeter dans le vide, avec une confiance absolue. En fait on se laisse fondre dans la substance de l’instant, pour expérimenter en direct notre unité fondamentale avec celui-ci. Cette pratique est très facilement transposable dans le quotidien, en utilisant les sons environnants comme points d’entrées dans ces interstices.