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« Qu’est ce que je cherche ? » Souvent à l’origine de notre quête nous trouvons soit un état de souffrance, soit un état de frustration extrême. Nous pressentons qu’absolument aucun contexte particulier, aucune personne ne peut calmer notre total désarroi, ne peut combler le manque énorme qui nous assaille. Nous avons enfin touché l’état d’insatisfaction et de détresse absolue où l’évidence qu’aucune situation extérieure ne peut combler l’immense vide que nous cherchons sans cesse à remplir, a déstabilisé toutes nos croyances et toutes nos sécurités. La souffrance et la frustration doivent arriver à un point de paroxysme total, où nous ne pouvons plus trouver de répit. La souffrance ou la frustration ne nous quittent plus, et nous font basculer dans une forme d’absurdité, tellement la situation devient intenable. Arrivé à ce point d’absurdité nous nous retrouvons face à l’impossibilité de trouver une solution. C’est un très bon point de départ pour la quête mystique. Mais tant que ce point d’absolue détresse n’est pas touché et que nous portons encore en nous la possibilité d’être apaisé et comblé par un nouveau job, un nouvel amant, un nouvel ordinateur, par l’idée d’appartenir à un courant spirituel, il nous manque les conditions nécessaires. Tant que ce point de non-retour n’est pas là il nous manque le moteur principal qui va nous porter au-delà de notre histoire personnelle. En remontant à l’origine de notre quête nous découvrons également une nostalgie, parfois très ténue, presque imperceptible. Nous avons oublié depuis combien d’années elle nous accompagne. Certains d’entre nous l’ont tellement enfoui, qu’ils croient ne pas la connaître. Mais si nous examinons attentivement notre vie, et notre course effrénée à trouver ce quelque chose qui nous manque. Alors cette sensation de nostalgie profonde s’imposera. La nostalgie d’un état de plénitude, de non-séparation où nous nous sentions un avec l’environnement. Notre corps/esprit sait qu’il a connu cette plénitude puissante qui ne dépendait d’aucun objet. À mesure que nous avons grandi nous avons perdu cette sensation et le sentiment de nostalgie a grandi. Parfois par surprise, dans un moment d’inattention une brèche s’ouvre dans notre superficialité. Nous entrevoyons la source, et l’apaisement sous-jacent qui en découle comble toutes nos attentes. Il arrive même que nous n’en prenions pas conscience tellement l’ouverture est courte, quelques millisecondes. Du coup nous estimons que nous eu un moment d’absence. Et il est vrai qu’il s’agit d’une absence, mais pas dans le sens où nous l’entendons habituellement. En fait il s’agit de l’absence de celui qui commente et qui contrôle. Un autre état peut également se trouver à l’origine de notre quête, une vague sensation de se dessécher, de devenir aride, une sensation de mort très lente qui envahit doucement mais irrémédiablement tout notre être. Nous avons perdu la folie de notre enfance et de notre adolescence, nous sommes devenu sérieux, des adultes pleins de certitudes et de préceptes sur ce qui est juste et bon. Et nous assénons nos concepts sur le bien et le mal à nos propres enfants qui ne rêvent que d’une chose enfin rigoler un bon coup avec nous et faire des conneries. De temps en temps nous lâchons notre raideur et osons un moment de folie. Mais nos enfants se lassent et finissent par nous trouver trop ennuyeux. Nous devenons encore plus triste, plus morne, plus ennuyeux et plus gris. Ce dessèchement peut aussi provenir d’une volonté de se protéger, notre hypersensibilité d’enfant peut devenir handicapante socialement et nous avons mis en place un système de survie pour nous couper de nos émotions afin qu’elles deviennent moins perturbantes. Ainsi nous glissons lentement vers notre propre empaillage. Certes nous devenons plus efficace socialement mais nous sommes de plus en plus secs, tristes et isolés dans notre forteresse. Au sein de cette irrémédiable opération d’empaillage de notre être sensible parfois un sursaut nous ébranle et nous lâchons tout ce que nous avons mis des années à construire pour retrouver de l’air de frais. Dans l’espoir de retrouver la légèreté et la liberté que nous avions à vingt ans. Mais là aussi un piège nous guette, l’illusion de recouvrer la liberté grâce au changement de contexte social, professionnel ou relationnel. La sensation de redevenir vivant sera de courte durée si elle dépend uniquement de nouveaux objets. La frustration, la souffrance, la nostalgie, l’assèchement exacerbé sont donc des conditions essentiels pour nous projeter dans une quête d’absolu, sans objet. Nous sommes mûrs pour la rencontre fatale avec une tradition spirituelle authentique et un maître. Dans cette rencontre, quelque chose de très profond en nous redevient vivant, vibrant et s’apaise. Nous éprouvons la sensation diffuse d’être enfin arrivé chez nous. Mais une dernière déception redoutable nous attend. Les enseignements vont réactiver avec force la crise profonde qui nous dévaste, en détruisant nos derniers attachements, nos derniers espoirs. Afin que nous osions réellement lâcher l’attachement aux circonstances extérieures, quels qu’elles soient. Même si ces circonstances sont des enseignements merveilleux, ou une voie authentique, traditionnelle et millénaire. Avec l’absolue liberté et l’anti-conformisme qui caractérisent les maîtres tantriques, le maître va nous annoncer qu’il n’a rien à nous enseigner, et rien à nous transmettre. Dans cette perte absolue d’espoir, nous allons abandonner la partie. Nous avons perdu tous nos repères, toutes nos croyances, toutes nos certitudes, les enseignements tantriques ont cassé nos derniers jouets. Si nous osons rester et toucher le dénuement et le désespoir absolu, plutôt que de fuir en courant. Un renversement va se produire dans notre quête. Elle va se retourner vers notre propre coeur, notre propre source. Une tradition & un maître authentique ne propose au fond que cela, le retour vers notre propre source afin de découvrir que nous sommes ce que nous cherchons. La plénitude n’a besoin d’aucune situation extérieure, elle émerge d’elle-même quand nous nous taisons et goûtons la vie en toute simplicité. La paix et l’apaisement sont toujours disponibles dans l’espace intérieur de notre coeur et nous les retrouvons quand nous cessons de vouloir saisir quoi que ce soit. La félicité apparaît quand nous nous abandonnons sans résistance au flux de la vie. La véritable autonomie, la vraie liberté se trouve dans cet abandon. Parce que si notre liberté dépend de conditions alors ce n’est pas la vraie liberté. Si nous sommes vraiment libre, même emprisonné physiquement nous pouvons continuer à sentir cette liberté, sinon il faudra toujours nous libérer de quelque chose. Nous contactons la vraie liberté quand nous n’entretenons et ne fabriquons plus d’histoires personnelles avec l’environnement, avec le décor. Les événements se déploient au gré de leurs caractéristiques, ils sont ce qu’ils sont, pas de commentaires, pas de préférences. Parfois ils viennent résonner avec ce corps/esprit, parfois non, mais nous n’en faisons pas une histoire personnelle. Si quelque chose arrive nous le laissons arriver, si quelque chose s’en va nous le laissons partir. Devenir vraiment autonome, libre c’est accepter toutes les situations sans conditions et prendre conscience qu’elles ne sont que des déploiements énergétiques sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir. Ces événements et ces objets sont soumis à la loi universelle de l’impermanence. En perpétuelles mutations aléatoires, ils échappent à toute forme de contrôle. C’est pourtant au nom de la croyance absurde que notre bonheur dépend de relation ou de situation précise, sélectionnée en fonction de nos critères que nous essayons comme des forcenés de les fixer dans notre paysage personnel. Persuadé qu’ils sont une garantie imparable, nous nous entêtons dans notre saisie alors que la vie sans relâche nous montre la folie de notre démarche. Mais un jour, imprévisible, la maturité nécessaire fleurit et nous mène vers la conscience que nous n’avons plus besoin de nous définir par rapport à une situation, ou de nous trouver par rapport à une relation. Il ne demeure alors plus qu’accueil, ouverture, écoute et détente. Dans cette écoute, dans cette disponibilité, nous respirons enfin. Nous trouvons l’espace dont tout notre système psycho-corporel, emprisonné par ses fabrications et ses scénarios, manque depuis si longtemps. L’espace et la respiration retrouvée continue de s’ouvrir sans fin. La paix émerge de cette ouverture, ainsi que la joie. Enfin mon corps/esprit retrouve son vrai fonctionnement. Enfin nous reconnaissons notre nature essentielle, autonome, libre et paisible depuis toujours. Mais là aussi attention au piège ultime, l’attachement au non-attachement, à la sensation de paix et de joie qui ne dépendent d’aucune situation, d’aucun critère, ni d’aucune relation. À ce niveau-là de réalisation, notre vigilance doit rester grande afin de ne pas nous planquer et continuer à entretenir une protection, certes très subtile mais présente néanmoins. L’ouverture se cultive sans fin et peut toujours gagner encore plus d’espace, comme l’univers dont l’expansion ne s’arrête jamais. Ce dernier ne décrète jamais qu’il est arrivé et que son expansion est achevée. Notre coeur continue à s’abandonner, à s’ouvrir. Nous acceptons de nous laisser déborder par une relation, par une situation même quand notre niveau de réalisation est déjà très vaste. Nous restons complètement impliqué dans le grand jeu de la vie. Nous continuons à apprécier les personnes particulières qui nous entourent, nous continuons à jouir, avec plaisir, des situations qui se présentent, sans être dupe. Au fond nous savons que notre joie ne dépend pas de ses objets extérieurs mais nous acceptons de jouer le jeu de l’attachement et de nous faire piéger. Nous ne sommes jamais à l’abri d’un relent d’orgueil ! Libre du dernier concept qu’il faudrait être libre de toutes attaches. La véritable liberté est écoute, disponibilité, obéissance à tout ce qui se présente. L’ultime autonomie est une évidence qui s’actualise dans notre coeur. La pratique ne nous mène nulle part, elle est sans but. La pratique est le fruit, et le fruit est la pratique. Le chemin est le but, et le but est le chemin. Pas de point d’arrivée définitif grâce à la réalisation des enseignements. Nous ne sommes jamais à l’abri d’une perturbation. Présence, humilité, simplicité, émerveillement devant ce qui est. La conscience individuelle fond dans la conscience universelle, dans cette union, l’autorisation à être est totale puisque tout est émanation de la source. Tout est parfait tel que c’est.
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