retour Textes

Le courage, c’est de mettre au rancart tout ce que l’homme a expérimenté et ressenti avant vous. Vous êtes l’unique, supérieur à tout cela. Tout est consommé — toute la tradition si sacrée, si sainte soit-elle — Alors seulement vous pouvez être vous-même : c’est cela l’individualité. Vous devenez pour la première fois un individu. Tant que vous dépendez de quelqu’un d’une autorité quelconque, vous n’êtes pas un individu. L’unicité individuelle ne peut s’exprimer tant qu’il y a dépendance. Vous n’avez pas à dépendre d’une autorité extérieure : l’état naturel possède une autorité qui lui est propre. Vous n’interpréterez pas ce qu’on dit les autres, vous ne compterez pas sur l’autorité d’autrui ; toutefois vous ne vous considérerez pas comme un être « unique ».


Vous voulez être une minable imitation de Boudha ou de Sankara. Vous ne souhaitez pas être vous-même. Pourquoi ? Je vous le répète : vous êtes plus unique, plus extraordinaire que tous ces saints et ces sauveurs ensemble. Pourquoi devenir une fade imitation de l’un de ces types. Sankara est mort depuis des siècles. Vous avez en vous-même le même potentiel que lui. La première chose à faire est de laisser tomber Sankara.


Pourquoi ne suis-je pas dans l’état que vous décrivez ?

Par ce qu’il y a chez vous une exigence constante d’expérience. Toute recherche spirituelle est dirigée vers le renforcement de cette continuité : c’est une activité egocentrique. Comment pourriez-vous vous libérer du « soi ». Toutes vos méditations, sadhanas vous entraînent dans la direction opposée : elles renforcent le soi, accroissent l’intensité, l’accumulation des recherches… Le processus que vous adoptez pour atteindre ce que vous appelez votre « Etre » est aussi un procédé de devenir. Il n’existe aucune séparation entre être et devenir…
Tout ce que vous faites pour être dans cet état est un processus de devenir.
Tout ce que vous faites, tout mouvement dans n’importe quelle direction, à n’importe quel niveau, est une activité egocentrique.


Pas de « oui mais »… Il n’y a pas de « mais ». Si le oui est un vrai oui il libère cela qui est en vous. Le oui s’évanouit dans le néant et l’« état naturel » s’exprime. Si vous dites : « oui, mais » vous concédez une continuité à la structure mentale qui est morte ainsi qu’au désir d’expérience et à l’espoir. Le oui doit faire éclater la structure.


La pensée ne s’arrête pas : la pensée et la vie ne sont pas deux choses différentes. Vous ne vous libérerez pas des pensées. Elles sont là ou non. Quoiqu’il en soit, vous ne vous identifiez pas du tout à elles. Dans l’état naturel il n’y a rien qui vous pousse à vous identifier à un mouvement particulier de pensée (…) Vie et pensée sont étroitement liées : vous n’y pouvez rien. Lorsque vous voyez que cet instrument — le mental — n’est pas ce qui convient pour comprendre quoi que ce soit, la vie se calme et retombe dans son rythme naturel et il n’y a plus pour vous de problème ni de fardeau.
Vous tentez de comprendre l’enseignement au moyen d’un instrument qui est le produit de la pensée et quand vous écoutez, vous ne comprenez pas que vous employez un instrument inadéquat. La source de ce qui vous empêche de comprendre c’est l’instrument que vous utilisez.

"Rencontre avec un éveillé contestataire" (Extraits) - U. G. - Edition Les deux Océans - Paris