Extrait d'un livre à paraître

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Ce matin quand tu nous as proposé de ressentir s’il nous manquait quelque chose, je me suis rendu compte que le sentiment de manque est une illusion. C’est un grand soulagement de réaliser l’illusion du besoin d’acquérir encore plus de savoir, plus de pratique… Soupir… Peux-tu parler du manque ?
 
Le sentiment de manque fait partie intégrante de la structure égotique, qui perçoit son manque de substance et cherche à y pallier par des acquisitions externes. Ce sentiment génère un stress de fond, qui nous pousse sans cesse à chercher ce qui va nous donner l’impression d’être complet. Quand on obtient ce que l’on désire, l’ego se calme, et on peut se relâcher. Cette détente nous rapproche du fond de notre être, qui est complet en soi et on se sent alors comblé. Mais rapidement la croyance qu’il nous manque quelque chose revient. Elle nous éloigne de notre vérité la plus fondamentale et ranime ainsi notre inquiétude et notre recherche. En fait notre ego ne peut pas se permettre de rester trop longtemps détendu et comblé, car il perd sa raison d’exister. Tant que notre esprit est dominé par la structure égotique et son manque chronique, on ne peut jamais se déposer complètement en nous-même, ni apprécier ce qui est là. On est pris au piège d’un phénomène qui s’auto-entretient. Mais cette insatisfaction lancinante peut aussi faire émerger l’intuition que la vie ne peut pas se borner à être une recherche frénétique et épuisante de satisfactions de courtes durées. Le manque se transforme alors en élan pour accéder à la profondeur du réel.
 
La prochaine fois que l’insatisfaction monte, assieds-toi, même si ce n’est qu’intérieurement, et regarde autour de toi – le sol sous tes pieds, le ciel par la fenêtre, le plafond au dessus de ta tête, le volume de la pièce dans laquelle tu te trouves, les objets qui t’entourent. Essaye de rentrer en contact avec la réalité de l’instant. C’est une expérience très concrète qui se passe dans la pure présence, en dehors du mental. Tu écoutes, non pas ton discours intérieur, mais la sensation d’être.
 
Pour réaliser l’illusion du manque, cela implique de changer de position, de sortir du cadre étroit du mental pour se situer dans l’espace ouvert et tranquille de la présence et à partir de cet espace, on se pose honnêtement la question : « En ce moment même, qu’est-ce qui manque pour me sentir comblé, heureux ? » Et si l’on trouve réponse à cette question, il nous faut redoubler d’honnêteté en se demandant : « Est-ce vrai qu’il manque cette chose là, pour me sentir bien, maintenant ? » C’est essentiel de ne pas fuir dans le futur ou le passé car c’est maintenant que cela se passe ! On reste en contact avec la réalité du moment, on l’écoute avec tous les sens ouverts, dans un état de pure réceptivité. Et plus on est réceptif, plus on a le sentiment de recevoir, quelque chose d’indéterminable, qui nous comble complètement. On réalise alors le mensonge que nous assène notre discours égotique, pour ne jamais nous laisser goûter la substance du réel. Dans cette position de pure présence, la recherche s’arrête. On ressent alors que tout est à sa place, et qu’il ne manque absolument rien.
 
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Nathalie Delay

nathalie
Artiste depuis toujours, Nathalie réalise dès son plus jeune âge que l’expérience de la beauté ouvre l’accès à une profondeur insondable. Portée par l’intuition qu’au sein du réel se trouve une vérité fondamentale, elle devient une chercheuse passionnée. Son désir brûlant de vivre ce qu’elle pressent la mène à rencontrer la tradition du Shivaïsme du Cachemire, à l’âge de 26 ans. Durant les vingt-cinq années qui suivront, elle approfondira les aspects métaphysiques ainsi que les différent yogas de cette tradition, auprès de ses représentants les plus emblématiques.
Aujourd'hui, c’est la substance du réel au-delà de toute formulation, qui l’inspire et la guide vers un essentiel toujours plus épuré.
L'art de laisser se consumer les limitations individuelles, au contact du Réel, est la seule voie qu'elle transmet à celles et ceux qui viennent la rencontrer.