Interview | automne 2025 - La vie ordinaire, une école de vérité
Q. : Votre parcours réunit plusieurs voies et disciplines : la tradition cachemirienne, la médecine chinoise, le Qi Gong, la peinture… Qu’est-ce qui fait le lien entre ces différentes formes d’expression ?
Nathalie : Je crois que le lien entre toutes ces approches, c’est la recherche de l’essentiel, du vrai, de ce qui est authentique et vivant au cœur de toute chose. Toutes, à leur manière, mènent vers cette réalité profonde qui sous-tend la vie. Dans la tradition du Cachemire, il y a une grande liberté, une écoute subtile, une confiance en l’intuition. On parle de cette réalité ultime qui traverse tous les niveaux de l’existence. C’est une voie de présence, d’ouverture à tout ce qui est, de sensibilité à la beauté aussi, une beauté dont le critère n’est pas seulement esthétique, mais avant tout expression de la saveur unique du Réel.
Le Qi Gong, je l’ai rencontré très jeune, presque en parallèle de cette approche. Extérieurement, le yoga du Cachemire et le Qi Gong paraissent très différents, mais intérieurement, l’expérience est la même : on travaille avec le corps essentiellement dans sa dimension de souffle/énergie. C’est pour cela que j’ai toujours pratiqué les deux, l’un nourrissant l’autre. Aujourd’hui, dans mon enseignement, ils se mêlent complètement. Parfois je ne sais même plus si un mouvement vient du yoga ou du Qi Gong ! Il y a entre eux un véritable continuum. Ces pratiques ouvrent toutes deux à un corps plus vaste, un corps vibratoire, où l’on perçoit les circuits, les points de rassemblements de l’énergie.
Cette exploration m’a naturellement conduite à la médecine traditionnelle chinoise. J’avais envie de comprendre plus finement la réalité de l’énergie et sa portée sur l’ensemble de la structure humaine. L’approche chinoise m’a beaucoup parlé par son pragmatisme et sa cohérence : tout y est relié, tout fait partie d’un même ensemble. Le Qi Gong y a d’ailleurs sa place. La médecine chinoise ne sépare pas le corps physique du corps énergétique, émotionnel, mental et spirituel. Elle considère l’être humain comme une unité vivante et totale. Cette vision globale correspond à mon expérimentation et à mon vécu.
Quant à la peinture, c’est une autre manière d’exprimer ce même souffle. Dans mes toiles, à travers la couleur, les formes, les symboles, c’est toujours cette énergie, cette vibration, cette fulgurance que je cherche à exprimer. C’est comme une continuité naturelle de mes pratiques spirituelles et corporelles. Dans le zen, par exemple, les arts traditionnels ne sont pas seulement des formes esthétiques, ils deviennent vivants quand ils sont traversés par l’essence, par le chi. C’est cela qui me touche. L’expression artistique, je la porte depuis l’enfance, sans doute aussi comme un moyen de préserver et cultiver ma sensibilité. Elle me permet de dire les choses essentielles sans mots, par la vibration, la couleur, l’émotion pure. C’est une autre façon de partager, de toucher les gens, de transmettre quelque chose de vivant.
Le Qi Gong, je l’ai rencontré très jeune, presque en parallèle de cette approche. Extérieurement, le yoga du Cachemire et le Qi Gong paraissent très différents, mais intérieurement, l’expérience est la même : on travaille avec le corps essentiellement dans sa dimension de souffle/énergie. C’est pour cela que j’ai toujours pratiqué les deux, l’un nourrissant l’autre. Aujourd’hui, dans mon enseignement, ils se mêlent complètement. Parfois je ne sais même plus si un mouvement vient du yoga ou du Qi Gong ! Il y a entre eux un véritable continuum. Ces pratiques ouvrent toutes deux à un corps plus vaste, un corps vibratoire, où l’on perçoit les circuits, les points de rassemblements de l’énergie.
Cette exploration m’a naturellement conduite à la médecine traditionnelle chinoise. J’avais envie de comprendre plus finement la réalité de l’énergie et sa portée sur l’ensemble de la structure humaine. L’approche chinoise m’a beaucoup parlé par son pragmatisme et sa cohérence : tout y est relié, tout fait partie d’un même ensemble. Le Qi Gong y a d’ailleurs sa place. La médecine chinoise ne sépare pas le corps physique du corps énergétique, émotionnel, mental et spirituel. Elle considère l’être humain comme une unité vivante et totale. Cette vision globale correspond à mon expérimentation et à mon vécu.
Quant à la peinture, c’est une autre manière d’exprimer ce même souffle. Dans mes toiles, à travers la couleur, les formes, les symboles, c’est toujours cette énergie, cette vibration, cette fulgurance que je cherche à exprimer. C’est comme une continuité naturelle de mes pratiques spirituelles et corporelles. Dans le zen, par exemple, les arts traditionnels ne sont pas seulement des formes esthétiques, ils deviennent vivants quand ils sont traversés par l’essence, par le chi. C’est cela qui me touche. L’expression artistique, je la porte depuis l’enfance, sans doute aussi comme un moyen de préserver et cultiver ma sensibilité. Elle me permet de dire les choses essentielles sans mots, par la vibration, la couleur, l’émotion pure. C’est une autre façon de partager, de toucher les gens, de transmettre quelque chose de vivant.
Q. : Vous dites que vos plus grandes ouvertures se sont produites au cœur du quotidien. Comment la vie ordinaire devient-elle, pour vous, un lieu de réalisation ?
N. : Pour moi, il n’existe pas d’autre lieu de réalisation que la vie ordinaire. Si l’on cherche ailleurs, on reste dans le rêve, dans l’imaginaire spirituel. Mais l’ordinaire, est-il vraiment si ordinaire que cela ? Quand on y regarde de près, il révèle une profondeur incroyable. C’est lui qui m’évite de tomber dans la fantaisie ou dans la recherche pure d’expériences extraordinaires qui à terme s’avère stérile. Il me ramène toujours au réel, à ce qui est vrai. Dans une voie spirituelle, il est facile de se perdre dans des expériences subtiles ou des états particuliers. L’ordinaire, lui, ne pardonne pas, il exige une présence totale, à tous les niveaux. Il est une école de vérité.
Ce qui m’importe, c’est de voir que l’ordinaire est habité, qu’il est traversé par l’extraordinaire même. Quand on s’y engage, on découvre que ce qu’on cherche est déjà là, au cœur de la vie. Chercher ailleurs, c’est encore entretenir une forme de fantasme. Cela me rappelle cette célèbre parole d’un maître zen. Un disciple lui demande : « Qu’est-ce que le zen ? » Et le maître répond : « Coupe du bois, va chercher de l’eau. » Tout est là. Cette réponse met fin à tous les imaginaires.
L’ordinaire est aussi une grande école d’humilité. Il érode l’ego, il protège de l’orgueil spirituel ; ce piège subtil qui consiste à croire qu’on serait « au-dessus » de la vie quotidienne. Pour moi, la vie ordinaire a été un maître. Elle m’a sauvée de bien des illusions. Et c’est important, parce qu’on ne peut jamais y échapper. Même un ermite dans sa grotte reste confronté à la réalité concrète, à ses besoins, à la matière. Où que l’on soit, la vie ordinaire est là, avec ses exigences. Tant qu’on ne l’a pas intégrée, la réalisation reste incomplète. Nous sommes des êtres incarnés : notre place est ici, dans le monde, au cœur de la vie simple et vivante. C’est là que tout se joue.
Ce qui m’importe, c’est de voir que l’ordinaire est habité, qu’il est traversé par l’extraordinaire même. Quand on s’y engage, on découvre que ce qu’on cherche est déjà là, au cœur de la vie. Chercher ailleurs, c’est encore entretenir une forme de fantasme. Cela me rappelle cette célèbre parole d’un maître zen. Un disciple lui demande : « Qu’est-ce que le zen ? » Et le maître répond : « Coupe du bois, va chercher de l’eau. » Tout est là. Cette réponse met fin à tous les imaginaires.
L’ordinaire est aussi une grande école d’humilité. Il érode l’ego, il protège de l’orgueil spirituel ; ce piège subtil qui consiste à croire qu’on serait « au-dessus » de la vie quotidienne. Pour moi, la vie ordinaire a été un maître. Elle m’a sauvée de bien des illusions. Et c’est important, parce qu’on ne peut jamais y échapper. Même un ermite dans sa grotte reste confronté à la réalité concrète, à ses besoins, à la matière. Où que l’on soit, la vie ordinaire est là, avec ses exigences. Tant qu’on ne l’a pas intégrée, la réalisation reste incomplète. Nous sommes des êtres incarnés : notre place est ici, dans le monde, au cœur de la vie simple et vivante. C’est là que tout se joue.
Q. : Le titre de votre prochain stage évoque “le vide et la plénitude de la vie”. Que signifient ces deux termes pour vous ?
Le mot vide, pour moi, évoque d’abord le vide de soi , ou plutôt du moi. Ce moi qui veut exister par lui-même, qui s’approprie, qui compare, qui cherche à contrôler. Quand ce moi se vide, s’efface, alors s’ouvre la plénitude de l’être. C’est inséparable. Le vide du moi permet la plénitude de la vie. Cette plénitude n’a rien à voir avec une accumulation.
C’est une plénitude vide, vide de tout désir de possession, d’appropriation, de construction identitaire. C’est la plénitude de la vie elle-même. Comme le dit Jésus : « Je suis la vie. » Tout est là. Ce n’est pas une métaphore. Tant qu’il reste quelqu’un pour s’approprier l’expérience, pour se dire « ma vie », on ne peut pas goûter la plénitude. Quand le moi s’efface, la vie se révèle dans toute sa plénitude, partout, en tout. C’est d’ailleurs ce que j’ai voulu exprimer dans une série de peintures que j’ai intitulé La plénitude du vide. Ce n’est pas un jeu de mots : quand il y a vacuité du moi, la plénitude surgit d’elle-même, naturelle, immense, impersonnelle. C’est la présence même du réel, cette énergie de vie qui anime tout, les êtres humains, les plantes, les animaux. Souvent nous l’oublions en nous enfermant dans nos rôles, dans nos images de nous-mêmes.
C’est une plénitude vide, vide de tout désir de possession, d’appropriation, de construction identitaire. C’est la plénitude de la vie elle-même. Comme le dit Jésus : « Je suis la vie. » Tout est là. Ce n’est pas une métaphore. Tant qu’il reste quelqu’un pour s’approprier l’expérience, pour se dire « ma vie », on ne peut pas goûter la plénitude. Quand le moi s’efface, la vie se révèle dans toute sa plénitude, partout, en tout. C’est d’ailleurs ce que j’ai voulu exprimer dans une série de peintures que j’ai intitulé La plénitude du vide. Ce n’est pas un jeu de mots : quand il y a vacuité du moi, la plénitude surgit d’elle-même, naturelle, immense, impersonnelle. C’est la présence même du réel, cette énergie de vie qui anime tout, les êtres humains, les plantes, les animaux. Souvent nous l’oublions en nous enfermant dans nos rôles, dans nos images de nous-mêmes.
Q. : Vous soulignez que la recherche d’un “vide purifié” peut parfois couper de la vie, mener à une transcendance désincarnée. Comment éviter ce piège dans le parcours spirituel ?
La seule réponse, pour moi, c’est la pratique, mais au sens large du terme. Pas nécessairement une pratique formelle, mais une expérience concrète, vécue, qui engage le corps. On ne peut pas réaliser quoi que ce soit de vrai si le corps est absent. Et quand je parle du corps, je ne parle pas seulement du corps physique. Le corps est multiple, il a différentes dimensions, énergétiques, subtiles, vibratoires. Dans nos cultures modernes, on le réduit trop souvent à une enveloppe ou à une image. Pourtant, c’est un univers immense. Les taoïstes, par exemple, ont créé le Qi Gong et la médecine traditionnelle chinoise à partir de leur exploration directe du corps et de l’énergie. Pour eux, la voie spirituelle n’était pas une idée abstraite, mais une expérimentation vivante.
C’est pour cela que, dans mes stages, la pratique corporelle est toujours centrale. Elle permet d’ancrer l’expérience, d’éviter de s’envoler dans des sphères désincarnées. Mais cette pratique n’est jamais une gymnastique, ni un travail sur l’apparence ou la performance. Elle est une écoute, une manière d’entrer en résonance avec la vie. Il ne s’agit pas de développement personnel au sens d’améliorer son image ou ses capacités, mais de développement du ressenti, de la présence, de l’ouverture. Je ramène sans cesse à cette question : Qu’est-ce que tu vis vraiment ? Qu’est-ce que tu sens ? Et c’est là qu’on rejoint encore l’ordinaire : sentir la vie dans le geste le plus simple, dans une action quotidienne comme aller chercher de l’eau, préparer un repas… Tout est là. Si je me détourne du présent pour rechercher un état particulier, je m’éloigne à nouveau de la vie. La vraie spiritualité, pour moi, c’est celle qui s’incarne, qui se vit dans le quotidien.
C’est pour cela que, dans mes stages, la pratique corporelle est toujours centrale. Elle permet d’ancrer l’expérience, d’éviter de s’envoler dans des sphères désincarnées. Mais cette pratique n’est jamais une gymnastique, ni un travail sur l’apparence ou la performance. Elle est une écoute, une manière d’entrer en résonance avec la vie. Il ne s’agit pas de développement personnel au sens d’améliorer son image ou ses capacités, mais de développement du ressenti, de la présence, de l’ouverture. Je ramène sans cesse à cette question : Qu’est-ce que tu vis vraiment ? Qu’est-ce que tu sens ? Et c’est là qu’on rejoint encore l’ordinaire : sentir la vie dans le geste le plus simple, dans une action quotidienne comme aller chercher de l’eau, préparer un repas… Tout est là. Si je me détourne du présent pour rechercher un état particulier, je m’éloigne à nouveau de la vie. La vraie spiritualité, pour moi, c’est celle qui s’incarne, qui se vit dans le quotidien.
Q. : Vous parlez d’« apprendre à reconnaître le miracle de notre existence ». Comment aider les participants à en faire l’expérience ?
La première chose, c’est qu’on ne peut transmettre cela que si on le vit vraiment.
Si ce n’est qu’un discours, ça ne touche personne. L’exemple, la présence, sont importants. Il faut être habité par cette reconnaissance simple et profonde du miracle d’être vivant, d’exister ici, dans un corps, de partager ensemble le mystère de la manifestation. Transmettre cela ne peut pas passer uniquement par les mots. C’est quelque chose qui se communique par le cœur, par la qualité de présence, par une pratique habitée.
Dans mes retraites, j’invite les participants à vivre chaque instant comme un moment privilégié : manger, marcher, respirer… Tout devient occasion de goûter le réel, d’en sentir la saveur. Petit à petit, cela les conduit au cœur de leur propre expérience, là où le miracle se révèle naturellement. Il s’agit de descendre du mental vers le vécu. Tant que je reste au niveau de la pensée, la vie peut sembler répétitive, parfois même terne. Mais si je plonge dans le cœur de mon vécu, tout devient vivant, vibrant, miraculeux. C’est cela que j’essaie de faire : inviter chacun à oser plonger, à sentir, à goûter pleinement. Il n’y a que là que le miracle devient concret, réel, sensible, et non une idée abstraite. Sinon, on finit par blesser quelque chose en soi, parce que les mots ne suffisent pas. Il faut le vivre, tout simplement.
Si ce n’est qu’un discours, ça ne touche personne. L’exemple, la présence, sont importants. Il faut être habité par cette reconnaissance simple et profonde du miracle d’être vivant, d’exister ici, dans un corps, de partager ensemble le mystère de la manifestation. Transmettre cela ne peut pas passer uniquement par les mots. C’est quelque chose qui se communique par le cœur, par la qualité de présence, par une pratique habitée.
Dans mes retraites, j’invite les participants à vivre chaque instant comme un moment privilégié : manger, marcher, respirer… Tout devient occasion de goûter le réel, d’en sentir la saveur. Petit à petit, cela les conduit au cœur de leur propre expérience, là où le miracle se révèle naturellement. Il s’agit de descendre du mental vers le vécu. Tant que je reste au niveau de la pensée, la vie peut sembler répétitive, parfois même terne. Mais si je plonge dans le cœur de mon vécu, tout devient vivant, vibrant, miraculeux. C’est cela que j’essaie de faire : inviter chacun à oser plonger, à sentir, à goûter pleinement. Il n’y a que là que le miracle devient concret, réel, sensible, et non une idée abstraite. Sinon, on finit par blesser quelque chose en soi, parce que les mots ne suffisent pas. Il faut le vivre, tout simplement.
Q. : Vous insistez sur la réhabilitation de la totalité de l’être - corps, cœur, esprit. Pourquoi cette intégration est-elle, selon vous, le fondement de la voie spirituelle ?
Parce que sans cette intégration, rien n’est complet. Si le corps, le cœur et l’esprit ne sont pas impliqués ensemble, on ne peut ni goûter la plénitude, ni sentir le miracle de l’existence. L’esprit est essentiel, bien sûr, mais le cœur l’est tout autant. Et le cœur ne peut s’ouvrir que s’il repose sur une base solide, sur le centre vital dans le bas ventre, en lien direct avec le corps physique et le corps énergétique. Ces trois dimensions doivent s’équilibrer. C’est dans cet équilibre que s’ouvre l’accès au réel. Le miracle n’est pas une idée, c’est une expérience qui se touche, et ce « toucher » se fait avec tout l’être. C’est une perception subtile, une résonance. C’est pour cela que je propose des pratiques qui affinent la sensibilité, la qualité perceptive. On apprend à écouter, à sentir plus finement, à percevoir la dimension vibratoire de la vie. Le corps devient alors un organe de perception, un ensemble d’antennes vivantes reliées à tout. C’est une voie d’unification et d’ouverture.
Q. : Comment les gens accueillent-ils ce que vous proposez ? Y a-t-il parfois des résistances ?
Oui, bien sûr. Ce que je propose peut sembler idyllique, mais quand il s’agit de l’expérimenter en direct, ce n’est ni confortable ni tendre. C’est une expérience complète et engageante qui mobilise la totalité de l’être. On ne peut pas se cacher. Il faut une grande honnêteté. C’est exigeant, parce qu’être présent à tous les niveaux, ce n’est pas si simple. Cela fait tomber beaucoup d’imaginaires, et il y en a beaucoup dans la spiritualité. Plonger dans un contact aussi direct avec le réel peut faire peur. C’est un chemin, pas quelque chose qui s’atteint en une fois ou une fois pour toute. Cela suppose de traverser aussi ce qu’on a fui, les blessures, les mémoires, les zones d’ombre. Et tout le monde n’est pas prêt à ça. Il faut du courage pour accepter que rien en nous ne puisse rester en retrait dans la quête spirituelle.
Je vois que les personnes qui viennent aujourd’hui sont souvent en phase avec cette exigence. Il y a parfois des résistances, oui, mais je les considère toujours comme des protections. Quand une personne résiste, c’est qu’il y a en elle quelque chose qui cherche encore à se protéger, parce que c’est trop dangereux ou trop tôt. Et cela, il faut le respecter. Je ne force jamais rien. J’invite simplement à aller voir, à plonger dans cette résistance elle-même. Si la personne est prête, alors il peut y avoir de vraies transformations, parfois même en direct. Mais jamais je ne pousse. Il faut une grande délicatesse, beaucoup d’écoute et aucun jugement. Et puis, il y a aussi la beauté de ce que j’observe, par exemple les visages qui s’éclairent. Souvent, au début d’un stage, certains visages sont fermés, inquiets, crispés. Et à la fin… la lumière est revenue. Le regard s’ouvre, les traits se détendent. Même si les personnes ont traversé des moments d’ombre, cette plongée leur permet de retrouver la lumière. Parce que, paradoxalement, c’est en allant au cœur de l’ombre qu’on rejoint la lumière.
Je vois que les personnes qui viennent aujourd’hui sont souvent en phase avec cette exigence. Il y a parfois des résistances, oui, mais je les considère toujours comme des protections. Quand une personne résiste, c’est qu’il y a en elle quelque chose qui cherche encore à se protéger, parce que c’est trop dangereux ou trop tôt. Et cela, il faut le respecter. Je ne force jamais rien. J’invite simplement à aller voir, à plonger dans cette résistance elle-même. Si la personne est prête, alors il peut y avoir de vraies transformations, parfois même en direct. Mais jamais je ne pousse. Il faut une grande délicatesse, beaucoup d’écoute et aucun jugement. Et puis, il y a aussi la beauté de ce que j’observe, par exemple les visages qui s’éclairent. Souvent, au début d’un stage, certains visages sont fermés, inquiets, crispés. Et à la fin… la lumière est revenue. Le regard s’ouvre, les traits se détendent. Même si les personnes ont traversé des moments d’ombre, cette plongée leur permet de retrouver la lumière. Parce que, paradoxalement, c’est en allant au cœur de l’ombre qu’on rejoint la lumière.
Q. : Vous accompagnez depuis une quinzaine d’années des personnes en quête de vérité intérieure. Qu’est-ce qui, dans cette relation d’accompagnement, demeure pour vous une source d’émerveillement ?
Ce qui m’émerveille, c’est avant tout l’unicité de chaque être. Chaque personne est comme une couleur singulière, un univers à part entière. Cette diversité me fascine profondément, la manière dont chacun se construit, se protège, se cherche. L’ego, finalement, n’est pas “mauvais” en soi. C’est une construction de survie, une forme d’intelligence.
Je vois comment, à partir de ses blessures ou de ses traumas, chacun invente sa propre architecture intérieure pour tenir debout. Et quand on reconnaît cela avec sincérité et bienveillance, quand on peut dire à l’autre : “regarde comme c’est incroyable la façon dont tu as su te construire”... quelque chose se détend. Alors une déconstruction peut commencer, mais toujours dans l’amour, jamais dans la force.
Aider quelqu’un à oser lâcher ses défenses, à se déposer, à laisser fleurir son être véritable, c’est bouleversant. Je vois des êtres retrouver leur ciel intérieur, leur espace, leur liberté. C’est ce qui me donne le sentiment d’être à ma juste place. Il n’y a rien de plus beau pour moi que de voir un être s’ouvrir. C’est la même joie que celle d’une mère qui voit son enfant s’épanouir dans sa propre voie. Je suis toujours émerveillée par la créativité de chacun, par la façon dont chacun goûte la vie, s’abreuve à l’essentiel, à sa manière. Chaque rencontre est unique, chaque accompagnement est une création à deux. Il n’y a jamais d’ennui, jamais de routine. Et voir un être sortir peu à peu de sa prison égotique, retrouver sa lumière intérieure… c’est ce qui donne sens à ma vie.
Je vois comment, à partir de ses blessures ou de ses traumas, chacun invente sa propre architecture intérieure pour tenir debout. Et quand on reconnaît cela avec sincérité et bienveillance, quand on peut dire à l’autre : “regarde comme c’est incroyable la façon dont tu as su te construire”... quelque chose se détend. Alors une déconstruction peut commencer, mais toujours dans l’amour, jamais dans la force.
Aider quelqu’un à oser lâcher ses défenses, à se déposer, à laisser fleurir son être véritable, c’est bouleversant. Je vois des êtres retrouver leur ciel intérieur, leur espace, leur liberté. C’est ce qui me donne le sentiment d’être à ma juste place. Il n’y a rien de plus beau pour moi que de voir un être s’ouvrir. C’est la même joie que celle d’une mère qui voit son enfant s’épanouir dans sa propre voie. Je suis toujours émerveillée par la créativité de chacun, par la façon dont chacun goûte la vie, s’abreuve à l’essentiel, à sa manière. Chaque rencontre est unique, chaque accompagnement est une création à deux. Il n’y a jamais d’ennui, jamais de routine. Et voir un être sortir peu à peu de sa prison égotique, retrouver sa lumière intérieure… c’est ce qui donne sens à ma vie.
Q. : Vous dites que « Dieu, la Conscience, a besoin de notre pleine participation ». Que signifie cette idée de coopération avec le divin ?
Oui, parce que nous sommes co-créateurs. La Conscience, ou l’Absolu, ne peut se manifester pas sans notre pleine participation. Nous sommes, en quelque sorte, les jardiniers du grand jardin de la Vie. Il nous appartient d’en prendre soin, de le magnifier, d’en révéler la beauté. L’être humain a cette capacité unique de prendre conscience qu’il est l’expression du divin. Notre rôle, c’est de laisser cette expression se faire à travers nous, de la manière la plus transparente possible, sans appropriation, sans détourner la lumière vers notre petite personne. Plus nous devenons transparents, plus l’Absolu peut se révéler à travers nous, dans nos gestes, dans notre regard, dans notre façon de rencontrer et toucher le monde.
Regarder un arbre, une fleur, un autre être humain, non pas comme un objet, mais comme un être vibrant de la même essence, c’est déjà participer à cette révélation. Par notre regard, nous rappelons à l’autre -humain, arbre ou animal - sa véritable nature. Et cela réveille la vie, littéralement. Je le vois dans les retraites : quand les participants s’ouvrent à cette qualité de regard, tout devient plus vivant, plus lumineux. Nous sommes responsables du taux vibratoire de ce monde. Autrefois, les chants, les danses, les rituels avaient cette fonction de maintenir ou d’élever la vibration de la vie. Aujourd’hui, nous avons oublié cela. Pourtant, c’est notre fonction : réveiller, élever, nourrir la vie par notre présence. Dans les monastères, les prières ne sont pas seulement symboliques, elles œuvrent pour le taux vibratoire de la Terre. Et nous pouvons tous y contribuer. Chaque fois que nous regardons un être avec amour, chaque fois que nous reconnaissons la vie dans tout ce qu’elle est, quelque chose s’élève, en nous et autour de nous. L’Absolu a besoin de nous, oui. Nous sommes ses médiateurs, ses relais, ses jardiniers. C’est à travers nous qu’il peut continuer de fleurir.
Regarder un arbre, une fleur, un autre être humain, non pas comme un objet, mais comme un être vibrant de la même essence, c’est déjà participer à cette révélation. Par notre regard, nous rappelons à l’autre -humain, arbre ou animal - sa véritable nature. Et cela réveille la vie, littéralement. Je le vois dans les retraites : quand les participants s’ouvrent à cette qualité de regard, tout devient plus vivant, plus lumineux. Nous sommes responsables du taux vibratoire de ce monde. Autrefois, les chants, les danses, les rituels avaient cette fonction de maintenir ou d’élever la vibration de la vie. Aujourd’hui, nous avons oublié cela. Pourtant, c’est notre fonction : réveiller, élever, nourrir la vie par notre présence. Dans les monastères, les prières ne sont pas seulement symboliques, elles œuvrent pour le taux vibratoire de la Terre. Et nous pouvons tous y contribuer. Chaque fois que nous regardons un être avec amour, chaque fois que nous reconnaissons la vie dans tout ce qu’elle est, quelque chose s’élève, en nous et autour de nous. L’Absolu a besoin de nous, oui. Nous sommes ses médiateurs, ses relais, ses jardiniers. C’est à travers nous qu’il peut continuer de fleurir.
Propos recueillis par Nathalie Calmé pour le Palier n°7 de décembre 2025 (info lettre d'à Ciel ouvert)